Je pensais naïvement, de par mon usage d’Internet et les personnes que je fréquente, que OpenStreetMap était au moins aussi connu que Wikipédia et qu’il ne serait jamais nécessaire d’en parler longuement. Mais je me trompais. Il y a des gens qui ne savent pas que ça existe, d’autres qui pensent que c’est un outil réservé aux professionnels, d’autres encore qui pensent que ça ne sert à rien vu que Google a déjà fait le taf.
Alors aujourd’hui, on va parler de OpenStreetMap, OSM pour les intimes, et de l’écosystème qui gravite autour.
La notion de commun numérique
J’en parle assez souvent ici ou ailleurs : les communs numériques. Qu’est-ce que c’est que ça ? Il s’agit de l’ensemble des ressources numériques qui sont mises gratuitement à disposition de l’ensemble de l’humanité.
Cela inclue donc les logiciels libres (Linux, LibreOffice, NextCloud…), les protocoles réseau libres (le web, le mail, ActivityPub…) la culture libre numérique ou numérisée (œuvres textuelles, picturales, vidéo ou vidéo-ludiques qui ont été créées sous licence libre ou qui sont tombées dans le domaine public) et les ressources numériques libres (Wikipédia, OpenStreetMap, CommonVoice, OpenFoodFact…).
Leur point commun : ils n’appartiennent à personne et seront disponibles tant qu’il y aura des gens, des associations, des entreprises et des gouvernements qui continueront à les mettre à la disposition de tous sans chercher à en tirer un bénéfice financier. Par contre on a le droit de le faire pour la gloire 🙂
Plus concrètement : c’est accessible, c’est gratuit, alors servez-vous.

Le projet OpenStreetMap
Cartographier le monde est une pratique commune à toutes les civilisations depuis l’antiquité. Nous avons besoin de savoir où nous sommes et il est pratique de savoir où nous allons. Alors à l’image de Marco Polo et Christophe Colomb, lorsque nous quittons notre domicile pour partir à l’aventure, nous avons besoin d’une carte pour constater que toutes les routes mènent à Rome. Et si cette carte n’existe pas, il nous faut la créer.
Avec l’informatique et surtout avec internet, il est devenu facile de mettre des cartes numériques à disposition. Et beaucoup s’y sont essayés. Pour ce qui nous concerne en France, on peut citer l’IGN, Michelin et Mappy qui ont mis leurs fonds de carte à disposition gracieusement (gracieusement n’est pas gratuitement). Google n’a pas tardé à les rejoindre, avec un déploiement technique largement supérieur qui le rend aujourd’hui hégémonique et quasi imbattable. Et il le sait tellement bien que le site maps.google.com est le seul site du groupe sur lequel vous pouvez faire des recherches sans être interrompu par de la publicité. C’est sa pépite.
Le problème avec ces acteurs, c’est que les fonds de carte ne sont pas « libres, » c’est à dire qu’ils ne peuvent pas être reproduits, redistribués ou réutilisés dans d’autres projets sans accord explicite, clairement défini et bien souvent contraint (voire payant). Cela implique que l’existence de ces fonds de carte dépendent de l’existence de l’entreprise qui les édite. Et c’est d’autant plus vrai en Angleterre, pays d’origine d’OpenStreetMap, où les entreprises qui éditent les cartes vivent de fonds publics et d’abonnements, mais gardent jalousement leurs données pourtant payées par le contribuable. C’est là-bas qu’OSM a voulu tenter sa chance : offrir au monde une base de données libre et gratuite que chacun peut utiliser, télécharger, modifier, archiver, échanger…

L’application phare
Le site openstreetmap.org affiche une carte du monde. S’il parvient à vous localiser (en fonction des données de votre navigateur internet), il vous montrera les routes autour de chez vous. Vous pouvez ainsi :
- Consulter les données mises en ligne autour de votre emplacement (ou n’importe où ailleurs depuis la barre de recherche),
- Exporter les données qui vous intéressent ou créer des cartes personnalisées,
- Constater des erreurs, des oublis, des approximations et éditer la carte à votre tour à l’aide des outils intégrés.
Vous allez me dire que c’est également possible d’apporter des modifications sur Google Maps. Et c’est vrai. Sauf que si vous faites des modifications sur Google Maps, seule Google Maps sera mise à jour. Si vous le faites sur OpenStreetMap, toutes les cartes (y compris Google) seront mises à jour puisque tout le monde utilise les données d’OSM (parfois sans le mentionner, ce qui n’est ni honnête ni respectueux).
Parmi les données que vous pouvez ajouter ou modifier :
- Présence d’une route (longueur, intersections, nom de rue, sens de circulation…)
- Présence d’un bâtiment (emplacement GPS, adresse postale, nom, type, taille, forme…)
- Présence d’un point d’intérêt (eau potable, arbre remarquable, monument, parc…)
- Présence d’un cours d’eau (source, nom, étang, lac, ponts etc.)
- Nom, horaires, accessibilité des boutiques et bâtiments publics
Lorsque vous apportez une modification sur la carte, celle-ci n’apparaît pas aussitôt puisqu’elle doit être intégrée à la base de données publique, ce qui a lieu à la fin de chaque mois. Parfois, selon votre profil, les modifications apportées et le nombre de personnes actives dans le secteur, vos modifications peuvent être révisées par des utilisateurs confirmés, qui peuvent également émettre des doutes ou demander des informations complémentaires. Ceci afin d’éviter le « vandalisme » qui est malheureusement présent.
Le site d’OSM est à la fois simple et difficile d’utilisation. Simple parce qu’il permet d’effectuer des dessins et modifications sans rien avoir à télécharger, sur le principe du dessin vectoriel avec des outils instinctifs. Difficile parce que tout le reste se présente comme une grosse base de données, avec des termes parfois barbares qui nécessitent de s’impliquer régulièrement pour tout bien comprendre.
Heureusement, grâce à l’interopérabilité du logiciel libre, il y a d’autres applications !

Cartographiez en vous baladant
Ce n’est pas la seule, mais à titre personnel j’utilise Street Complete, disponible sur F-Droid (bien) et Play Store (pas bien). Cette application vous localise grâce à votre puce GPS et permet de télécharger les cartes et les « quêtes » dans un rayon d’un kilomètre. Ensuite vous n’avez qu’à vous balader, hors ligne ou pas.
Lorsque vous arrivez près d’un lieu où il y a quelque chose à vérifier, il suffit de répondre aux questions posées. C’est parfois simple (revêtement de la route, présence ou non de bandes podotactiles aux abords des passages piétons ?), parfois cela demande un peu plus d’observation (places de parking en épi, en bataille ou en créneau ?), parfois c’est un peu long (horaires d’ouverture d’une boutique selon la saison, type de cuisine d’un restaurant), d’autres fois c’est un peu plus technique (numérotation des maisons, largeur de la route). Vous complétez ce que vous voulez si ça vous fait plaisir, et c’est déjà beaucoup !
Lorsque vous constatez une erreur ou un manque, vous pouvez le signaler, soit en modifiant un élément existant, soit en ajoutant un nouveau point, soit en laissant une note qui pourra être lue par vous ou par n’importe qui d’autre qui se chargera d’apporter la modification depuis l’éditeur d’OSM. Il est même possible de laisser une photo.
Perso, j’adore faire cela lorsque je dois attendre quelque part. L’autre jour, j’ai signalé la présence d’un DAE qui n’était pas référencé. Une autre fois, j’ai signalé la fermeture d’une boutique, remplacée par une autre qui n’avait pas fait le boulot. Et quand je prends le temps de décrire les trottoirs, les accès PMR et autres aménagements pensés pour les personnes handicapées, je sais que je rends service à ceux qui n’auraient probablement pas pris le risque de venir vérifier par eux-mêmes.
Ca fait plaisir de se sentir utile sans pour autant être pigeonné par un milliardaire techno-facho.



Cartographiez en vous déplaçant
Autre application qui va montrer l’intérêt d’OSM au quotidien tout en montrant l’intérêt de l’interopérabilité : Co Maps (disponible pour Android, iOS et Linux). Là encore, ce n’est pas la seule application de guidage par GPS basée sur OpenStreetMap, mais j’aime beaucoup celle-ci qui s’améliore de jour en jour.
Comme tant d’autres, cette application permet de voir son itinéraire en temps réel, ce qui est pratique en voiture, à pieds comme à vélo. Là où elle devient particulièrement intéressante, c’est que vous pouvez apporter des modifications sur la carte générale. Si vous constatez un manque ou un changement, il est possible de le signaler. Ensuite vous pouvez retrouver votre note depuis le site de OSM ou bien laisser les autres bénévoles s’en charger.
Mais là où le projet prend tout son sens, c’est que vous pouvez rechercher différents points d’intérêt autour de vous. Cela va des WC publics aux sources d’eau potable en passant par les circuits de randonnée, les boutiques, les parcs publics, les équipements d’urgence, les poubelles, les jolis arbres… Bref, tout ce que les contributeurs ont trouvé utile d’ajouter à la carte globale.
Vous comprenez donc que lorsque vous passez à côté de quelque chose d’intéressant, ça vaut le coup d’apposer une note sur la carte pour que d’autres personnes puissent la trouver ensuite.
Si vous le signalez sur Google Maps, seuls les utilisateurs de Google Maps en seront informés. Si vous le partagez sur Facebook, seules les IA en seront informées. A vous de choisir à qui vous souhaitez faire bénéficier de vos trouvailles.
A savoir, concernant Google Maps, que celle-ci affiche prioritairement ce qui peut lui rapporter de l’argent. Et une source d’eau potable gratuite qui peut sauver de la déshydratation en pleine canicule ne rapporte pas d’argent à Google.

Photographiez le monde
Et je terminerai là-dessus même s’il y a encore bien d’autres applications possibles avec OSM. Le projet Panoramax est un truc de malade qui va prendre du temps avant de servir de référence, mais son but est clair : servir d’alternative à Google Street View, mais sans la voiture qui prend des photos à 360 degrés.
Le projet est né d’un partenariat entre OSM et l’IGN, car en ce qui concerne la photographie des voiries et des chemins, Google est le seul sur le marché, avec tous les problèmes que cela pose.
Panoramax est donc un appel à volontaires. Bénévoles, agents publics, gérants de parcs et de bâtiments… Sortez votre téléphone, prenez des photos autour de vous en activant la géolocalisation et téléversez-les dans Panoramax afin d’offrir à l’humanité une fenêtre sur votre environnement qui ne dépende pas des idées et des caprices d’une entreprise privée.
Votre rue, votre village, votre chemin de randonnée préféré… Si ce n’est pas déjà photographié, alors cela a un intérêt pour Panoramax. Et si cela a été fait il y a deux ans, cela a sûrement un intérêt de remettre à jour.
Certains contributeurs ont même trouvé des systèmes pour prendre des photos à 360 degrés en se baladant simplement à vélo.

Bref, OpenStreetMap, c’est une œuvre encyclopédique à part entière à laquelle chacun peut contribuer afin que tout le monde puisse en bénéficier. Ça ne remplacera pas Google qui a un plusieurs années (et plusieurs milliards de dollars) d’avance, mais comme toute alternative digne de ce nom, cela doit permettre de montrer qu’il est possible de faire autrement qu’en puisant dans nos ressources naturelles et en confiant nos vies et nos destins à des acteurs privés dont le but n’a jamais été de gommer les inégalités ni d’éradiquer la faim dans le monde.
OpenStreetMap, c’est un choix.
Image d’illustration :

