Je vous jure que j’ai essayé et que je l’ai fait sérieusement.
Mais ce truc-là, Facebook, n’est pas sérieux et ne veut de bien à personne.
Pour la petite histoire, j’avais créé une page pour cette entreprise à son ouverture. J’avais demandé à toute ma famille d’aimer et partager la page et la moindre de mes publications. J’avais passé plusieurs heures par jour pendant plus d’un mois à créer du contenu, je m’étais inscrit à tous les groupes locaux, balancé de la pub et des infos partout où je pouvais tout en tâchant de me faire connaître dans les commerces et les boites aux lettres du coin. Résultat : zéro interaction avec mes publications, zéro appel ou message depuis Facebook. Pas franchement envie de continuer à perdre du temps, d’autant que le parcours pour publier ne serait-ce qu’un message se compte en dizaine de clics.
Et saupoudrez le tout avec les discours masculinistes de Mark Zuckerberg qui ont précédé le revirement très réactionnaire de Facebook, vous obtenez à peu près la somme de ce que je déteste. J’avais donc fermé la page ainsi que mon compte Facebook avec l’intention de ne pas y revenir.
Mais les sirènes sont malignes.
Malgré un compte régulièrement alimenté et des interactions de qualité sur Mastodon, ce réseau social ne m’apporte pas de clients (en vrai j’en ai quand même eu deux qui, en terme de qualité, se placent assez haut). Des collègues me disent qu’ils ont beaucoup d’interactions grâce à leur page Facebook et me conseillent d’y retourner car « c’est là-bas que sont les gens qui ont besoin d’aide en informatique. » Propos confirmés par deux spécialistes SEO qui m’ont démarché pour améliorer mon référencement sur internet.
Ainsi, profitant d’une petite baisse d’activité, je dédie une partie de mon temps libre à la création d’une page Facebook.
La suite va vous surprendre, surtout la septième.
C’est donc dans un moment de faiblesse que j’ai cliqué sur le bouton « créer un compte » de Facebook.
Créer un compte n’est qu’une simple formalité et je décide de rentrer le moins d’informations personnelles : le numéro de téléphone est celui de l’entreprise ; l’adresse mail est une redirection créée spécifiquement pour ça, je ne rentre pas ma date de naissance ni mon adresse. Je refuse de synchroniser mon carnet d’adresse (de toute façon je suis sur ordinateur avec tous les bloqueurs possibles et imaginables), je ne cherche pas à me faire d’amis (j’en ai bien assez dans la vraie vie).
Je passe donc très rapidement à l’étape de création d’une page. Et là c’est autre chose ! Avant même de pouvoir commencer à publier le moindre contenu, il faut passer en revue des dizaines de paramètres en suivant un pattern assez cocasse :
- Espérer tomber sur la bonne page de paramètres (il y en a 3 différentes et ne sont pas accessibles directement depuis le menu)
- Passer en revue un paramètre
- Cliquer sur « modifier »
- Arriver dans un centre de contrôle qui n’a plus la même apparence et qui propose de gérer d’autres paramètres
- Ne plus de souvenir de ce que l’on est venu chercher
- Espérer tomber sur la bonne page de paramètre (il y en a désormais 4, et impossible de se souvenir laquelle on vient de tester)
- etc.
Au bout d’un moment, j’ai noté sur une feuille la marche à suivre pour retrouver comment on règle les paramètres que Facebook me dit de modifier avant même de pouvoir commencer.
Et une fois que j’ai passé en revue ces paramètres, une nouvelle page apparaît pour demander quel type de page je suis, à choisir entre une vedette de télé, un service public et une agence de voyage. Vu que je suis « autre » je dois refaire à peu près la moitié des paramétrages précédents qui ont été perdus.
Bref, après 5 heures à me perdre dans les menus, je peux enfin créer une première publication.
On note que ce travail de fourmi est le résultat d’une volonté de perdre les gens car en réalité, créer une page consiste à remplir une base de données. Imaginez un tableur avec, dans la colonne de gauche, une question et dans la colonne de droite une réponse. C’est ça une base de données, hein. Le site internet peut avoir la tronche qu’il veut, au final, c’est juste une interface pour remplir tableur amélioré.
À la recherche d’une interaction.
Une publication Facebook doit répondre à certains critères d’honorabilité que je ne dois pas oublier : sur Facebook on peut insulter les noirs et les homosexuels, mais il ne faut pas critiquer Monsieur Zuckerberg (le patron, le boss, le chef, le mâle alpha). Sur Facebook on peut parler de Google et X/Twitter, mais on ne doit pas parler de Mastodon. Sur Facebook, on peut critiquer le gouvernement Espagnol, mais pas ceux d’Israël et des États Unis.
C’est ce qu’ils appellent les règles de la communauté.
C’est ce qui cadre, par exemple, les insultes envers les homosexuels. On ne peut pas dire « ce mec est PD » mais on peut dire « cet homme a des problèmes psychologiques qui lui font aimer les autres hommes, cela devrait pouvoir se régler avec une thérapie. »
Il ne faut pas heurter la communauté.
Du coup je me fends d’une première publication qui se veut pas trop clivante pour ne pas heurter le petit cœur fragile des gentils algorithmes nazis qui contrôlent avec bienveillance que les règles de la communauté soient toutes respectées ♥

Rien à redire, ça ne heurte personne, y’a un peu d’humour. Je me sens bridé et brimé, mais ça passera.
Je constate au passage que Facebook a récupéré une ancienne image d’illustration de mon site internet. Bon je mets ça sur le compte du cache serveur, du CDN ou je ne sais trop quel protocole qui ralentit internet. Mais cette image-là, je l’ai changée (je n’utilise plus ces typos). Et je remarque également qu’elle n’apparaît pas en entier alors qu’elle fait très exactement la taille recommandée par Facebook pour être affichée sur… Facebook.
L’ennui avec cette publication, c’est qu’elle incite les gens à quitter Facebook pour aller sur mon site web, ce qui est une erreur, une hérésie, que dis-je, un crime de lèse majesté !
Je me dépêche donc d’envisager la création d’une autre publication qui n’incite pas les gens à quitter Facebook. J’ouvre LibreOffice Impress et je me créé un modèle de diaporama adapté aux publications par images.
Pendant ce temps-là, Facebook m’incite à lier mon compte WhatsApp (j’en ai pas) et mon compte Instagram (j’en ai pas non plus) pour créer des publications groupées et ciblées. Marrant, ils ne parlent pas une seule fois de Threads. Je suis invité à contacter mes amis pour leur dire de liker ma page. C’est gênant car cela se passe avec le compte perso que j’ai créé. Bon, premier problème, je n’ai pas d’amis Facebook puisque je viens de créer le compte. Mais même si j’en avais, ce serait super gênant : mes amis ne sont pas mes clients (et inversement – même si je vous aime bien, je suis désolé de vous apprendre que vous n’êtes pas invités au barbecue de demain soir).
Bon, ma femme qui rôde sur Facebook veut bien se charger de ça. Heureusement que c’est ma femme sinon j’aurais dû la payer pour bosser, non ? Moi je me charge de m’inscrire à tous les groupes locaux du coin. Y’a pas trop le choix de toute façon puisque l’utilisation des hashtags sur Facebook est à la fois marginale et bancale. Marginale parce que franchement, y’a pas grand monde qui s’abonne aux hashtags. Bancale parce que même quand on créé une publication avec un hashtag, c’est pas certain que les abonnés la voient.
Bref, je crée une publication en mode « 4 images, 1 info » avec mon canevas super moche en attendant d’être accepté dans les groupes locaux. Certains disent catégoriquement refuser la publicité même s’il y a déjà plein de publicités dedans. D’autres posent des questions indiscrètes (quel âge avez-vous) ou donnent des ordres (ne publiez que le lundi). Et certains groupes refusent que l’on s’inscrive en tant que page ; ce qui ne les empêche pas d’être truffés de publicité.

Je ne peux pas partager cette publication dans les groupes car je n’y suis pas encore autorisé. C’est bien joli, mais cela fait déjà plus de 10 heures que je suis en train de bosser, moi, et ce sont des bénévoles de Facebook qui m’empêchent de continuer. À un moment il va falloir que ça soit rentabilisé, j’ai une famille à nourrir, moi !
Alors en attendant, je prépare une autre publication, de façon à ce que si jamais quelqu’un tombe sur ma page, il voie qu’il y a quand même un peu de contenu. Pour rester dans la provocation, je pars faire un tour chez Framamèmes ; c’est l’occasion de varier les contenus et de mettre en avant un logiciel et une initiative que je trouve chouettes.

J’en profite pour remarquer que même si on veut, on ne peut pas mettre de texte alternatif à une image sur Facebook. Les malvoyants peuvent bien aller se faire voir chez les femmes, les noirs et les homosexuels qui, pour rappel, ne sont pas non plus les bienvenus sur Facebook.
Ça et tout le reste
Parmi les autres choses qui m’ont trèèèèèès rapidement gonflées, on trouve en vrac :
- Le flou artistique au niveau des URL, noms et numéros de page. Il y en a eu moins deux de chaque sorte et ce n’est jamais le bon, ce qui rend complexe la gestion de la page au travers d’un autre logiciel.
- Les statistiques complètement pétées avec des calculs pourtant simples qui ne sont même pas corrects. Du style 1 commentaire + 1 like = 3 interactions et quand on regarde le détail on voit que la publication a été affichée 0 fois.
- Les publications « recommandées » pour avoir un fil d’actualité un minimum rempli, et qui sont exclusivement des contenus d’extrême droite et/ou générés par intelligence artificielle (il m’a quand même été demandé de voter pour ou contre le fait que les étrangers puissent importer leurs mœurs en France, ce qui permet d’ajouter les musulmans à la liste des personnes indésirables sur Facebook)
- Les allées et venues entre la page, les paramètres Facebook, la centre de contrôle du compte Meta qui sont clairement pensés pour perdre les gens
- Le fait de ne plus pouvoir publier au bout d’une semaine sans passer par une vérification d’identité par le biais de l’application Facebook pour Android
- Bref tout simplement le fait d’être pris pour une andouille (alors que je vis à 15km de Guémené).
Et au delà de Facebook et de ses algorribles, c’est tout cet univers de bruit et d’agressivité qui m’a agacé.
Déjà je ne comprends pas pourquoi il y en a qui se croient autorisés à prendre des photos de personnes dans la rue et à les publier sur un réseau social, et je ne comprends pas non plus pourquoi, avec 20 ans de recul, il ne soit pas admis que c’est dangereux de le faire. Surtout quand il s’agit d’enfants.
Pour le reste, entre les jugements de valeurs sur « les parents » irresponsables, sur « les gens » qui ne respectent plus rien, sur « les étrangers » qui sont pas de chez nous et qui en plus ont l’audace de venir d’ailleurs… Je venais juste dire que je gère une boite d’informatique, moi, pas lire le programme du front national.
Et tout ça dans l’indifférence la plus totale. Personne ne réagit, personne ne rappelle les droits les plus élémentaires, personne ne remet les choses en perspective. Si ! J’ai vu une seule fois quelqu’un suggérer qu’une image générée par IA ne mettait pas la « belle commune » en valeur alors qu’il y a des photographes réputés dans le secteur. Réponse « les gens sont cons, les français râlent tout le temps »
Je crois d’ailleurs que j’ai perdu la partie dans ma guéguerre contre les IA. En pleine canicule, alors qu’à minuit il fait 15 degrés de plus que la normale, les gens utilisent l’IA dont à peu près tous les aspects peuvent être reliés aux causes du réchauffement climatique. Et tout ça pour faire quoi ? Des images moches, des BD illisibles, des affiches sans âme et sans personnalité, des flyers dont la forme prend le pas sur le contenu au point de ne même pas respecter la logique d’un titre et d’un sous-titre…
Je ne suis pas prêt pour le monde qui vient.
Alors je vais continuer à ne pas être présent sur Facebook. Je tomberai de haut, probablement, en restant coupé du réseau social le plus populaire et en ratant les évolutions des modes de communication. Mais sincèrement je suis trop bien au fond de mon impasse, avec mon bout de jardin pour élever mes enfants, des amis, un village et une famille pour passer du bon temps et avec en guise de fenêtre sur le monde un fil Mastodon que j’ai patiemment construit sans que ça soit une contrainte.
Être sur Facebook, c’est perdre du temps et de l’énergie (tant à le critiquer qu’à l’alimenter). Ce temps et cette énergie peuvent être employés différemment… ou peuvent être employés pour autre chose. Car il y a des combats à venir et il faudra être présent. Pour notre climat, pour notre souveraineté, pour notre démocratie, pour nos droits fondamentaux, pour les droits durement acquis par d’autres, pour les nouveaux droits à conquérir, comme par exemple, le fait qu’on ne peut pas travailler quand il fait 35 degrés dans un bureau.
Tout ça pour dire que si vous êtes encore sur Facebook, vous êtes en danger et vous mettez le reste du monde en danger.
Image d’illustration :

