L’auto-hébergement est un concept très en vogue chez les geeks de tous poils et si vous en avez un dans votre cercle rapproché d’amis, nulle doute que vous disposez à la maison de services et de sécurité informatique à faire pâlir n’importe quelle entreprise qui dépense chaque année des sommes hallucinantes pour avoir la même chose.
Pour autant, l’auto-hébergement n’est pas si complexe que cela pour un usage personnel. Et il y a même possibilité de s’y mettre rapidement pour moins de 100€
Une définition
Le principe de l’auto-hébergement, c’est de déployer soi-même la technologie nécessaire pour faire fonctionner un service numérique. C’est une brique fondamentale d’internet que nous avons appris bien sagement à oublier et à confier à de trop grosses entreprises.
Internet, c’est le réseau de tous les réseaux. Vous pouvez donc être vous-mêmes l’un de ces réseaux, il suffit de demander.
En auto-hébergement, vous pouvez héberger vos courriers électroniques. Vous pouvez héberger votre site web. Vous pouvez héberger votre réseau social, votre bibliothèque de photos, vos fichiers de sauvegardes, vos parties de jeu vidéo, votre forge logicielle, vos documents de travail partagés, vos mots de passe, vos paramètres de navigation, vos pièces jointes… Vous pouvez même héberger vos vidéos et votre musique et déployer des logiciels pour les regarder ou écouter depuis n’importe où sur la planète. Bref, vous pouvez tout héberger.
L’intérêt d’auto-héberger ses services, c’est que cela vous rend indépendant des plateformes et donc libre. L’avantage, c’est que vous contrôlez absolument tout en payant moins cher. Mais cela ne vous dédouane pas : vous devrez bien sûr respecter les lois (et notamment le copyright) du pays dans lequel se trouve votre ordinateur et celui dont dépend votre éventuel nom de domaine.
C’est parce que qu’on peut tout faire qu’on doit faire n’importe quoi 😉
Techniquement parlant
Il existe deux façons de pratiquer l’auto-hébergement : avoir son propre matériel chez soi ou le louer ailleurs.
Pour le louer ailleurs, rapprochez-vous des hébergeurs qui proposent des serveurs dédiés. Cela est à réserver aux gros besoins vu les coûts importants que cela génère.
Pour faire tout cela chez vous si vos besoins sont modestes (moins de 500 utilisateurs quand même), vous aurez besoin d’un simple ordinateur sans clavier et sans écran, allumé et connecté à internet en permanence. Le plus célèbre dans sa catégorie, c’est le Raspberry Pi, mais un vieil ordinateur des années 2000 peut aussi faire le travail (il sera juste plus gros et plus bruyant).
Vous devrez ensuite installer un système d’exploitation, à chercher du côté de chez Linux ou BSD. J’en cite deux : Diet Pi, qui est très léger et qui saura se contenter sur des fonctions bien précises avec des réglages très fins. Yunohost, qui permet de déployer des services à la volée en assurant la configuration initiale et en accompagnant les administrateurs pour effectuer des réglages plus précis.
Ces serveurs sont administrables à distance, ce qui permet de les mettre en service ailleurs que chez soi ou d’en partager l’administration avec des copains ou des collègues.

Quelques logiciels que vous pouvez auto-héberger à côté de votre box internet :
Un cloud : un ou plusieurs logiciels de sauvegarde et partage de contenus (fichiers, agendas, contacts etc.) avec en vedette NextCloud, Sync-In, Baikal, mais aussi Immich, Piwigo etc. pour partager vos albums photo.
Une instance du fédivers : le réseau social décentralisé pour vous ou pour un groupe de personnes via un ou plusieurs logiciels tels que Mastodon, Pixelfed, Pleroma, PeerTube, Mobilizôn etc.
Un serveur de musique ou de vidéo : mettez vos musiques et vos vidéos en ligne et écoutez-les à travers un logiciel depuis n’importe quel appareil (attention, si vous partagez votre accès, vous devenez diffuseur de musique avec les règles qui s’y rattachent). Jellyfin, Ampache, Funkwhale, Navidome…
Des sites internet : page simple, wiki, blog, forum… Installez votre serveur Apache ou Nginx et choisissez comment montrer vos textes au monde entier avec Grav, Hugo, WordPress, Spip, DokuWiki, phpBB etc.
Des moyens de communication privés : des serveurs de messagerie, de visioconférence, vous pouvez vous le permettre avec RoundCube, Matrix, Mattermost, Jitsi, BigBlueButton, NextCloud Talk etc.
Et j’en passe et des meilleurs. Vous pouvez aussi héberger des logiciels d’édition de texte, d’envoi de fichiers volumineux, de comptabilité pro ou associative, de gestion de votre domotique, d’éducation en ligne, de gestion de livres, de listes de lecture ou de flux RSS… Vous pouvez même avoir votre propre moteur de recherche ou un trou noir pour embêter les intelligences artificielles.
Vous pouvez également participer au maillage du réseau Tor et ça c’est bien.
Le prix
Il faut d’abord prévoir quelques achats : un ordinateur de type Barebone ou Raspberry Pi (à jauger selon vos besoins), des disques (recommandé un SSD pour fonctionner et un HDD pour la sauvegarde). C’est bien de prévoir un autre disque à mettre chez un copain afin de créer une troisième sauvegarde hors site.
Le reste c’est ce que vous avez déjà : une connexion internet (ADSL ou fibre, ça suffit bien) avec une adresse IP fixe (à demander à votre fournisseur et certains sont moins cool que d’autres à ce sujet), un ordinateur qui vous permette d’administrer votre mini serveur. Et c’est tout en fait.
Aux prix actuels du marché, pour moins de 400€ vous avez votre propre serveur avec 2To d’espace disque et aucun abonnement complémentaire. Ca fait réfléchir quand on sait que les services des GAFAM ne sont pas forcément moins chers, (sur la durée en tout cas) et vous coûtent votre cerveau et votre âme en analysant tous vos contenus sans votre consentement pour diffuser de la publicité qui enrichit des personnes qui sont en train de rendre notre planète invivable.
Quelques ressources
Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez découvrir les liens ci-dessous :

